06 / Pierre & patrimoine
Maçonnerie traditionnelle, murs anciens, enduits et joints à la chaux à Saint-Rémy-de-Provence
Des murs qui respirent.
Les murs des mas et des maisons de village des Alpilles ont été montés avec ce que le pays offrait : la pierre calcaire du massif, les galets de la Durance et de la Crau, le sable local, la chaux. Ils ont tenu parce que ces matériaux travaillent ensemble et laissent le mur respirer. Les réparer suppose de connaître cette logique. Nous reprenons les murs anciens et refaisons enduits et joints à la chaux à Saint-Rémy-de-Provence et dans les Alpilles.

Lire le guide complet10 parties · environ 2 100 mots · 10 min de lecture
Comment fonctionne un mur ancien
Un mur construit avant le milieu du XXᵉ siècle n’obéit pas aux mêmes principes qu’un mur de parpaings ou de béton. Il est épais, souvent 50 à 70 cm, et composé de 2 parements de pierres, extérieur et intérieur, entre lesquels un blocage de petites pierres et de mortier remplit le cœur. De loin en loin, des pierres longues traversent l’épaisseur et lient les 2 faces : les boutisses. Les angles et les encadrements d’ouvertures sont montés en pierres taillées, plus régulières, qui raidissent l’ensemble.
Ce mur n’a pas de fondations au sens moderne : il repose sur une semelle de grosses pierres, à faible profondeur. Il n’a pas non plus de barrière étanche à sa base. L’eau du sol y remonte par capillarité, sur quelques dizaines de centimètres, puis s’évapore à travers les joints et l’enduit. Tant que cette évaporation est possible, le mur reste sain. C’est un équilibre : l’eau entre, l’eau sort.
Le mortier de chaux ou de terre qui lie les pierres est volontairement plus tendre et plus poreux que la pierre elle-même. Il sert de mèche pour l’humidité, encaisse les petits mouvements du bâtiment sans rompre, et s’use avant la pierre. Lorsqu’il est usé, on le remplace : c’est l’entretien normal d’une maçonnerie.
Pierres, galets et sables du pays
Le massif des Alpilles est un chaînon calcaire, et sa pierre a bâti tout le pays.
Le calcaire dur des crêtes, gris clair à blanc, fournit des moellons résistants pour les murs courants.
La pierre tendre, calcaire coquillier de teinte blonde, facile à tailler à la sortie de la carrière et qui durcit à l’air, a été exploitée dans le massif depuis l’Antiquité. On la retrouve dans les encadrements de portes et de fenêtres, les chaînes d’angle, les corniches, les escaliers. Elle craint les mortiers trop durs.
Les galets, arrondis par la Durance, abondent dans la plaine au nord du massif et dans la Crau au sud. Ils sont montés en lits réguliers, parfois inclinés en épi, alternés avec des rangs de pierre ou de brique.
Le sable donne au mortier sa couleur : c’est lui qui explique les tons dorés, beiges ou gris-rosés des façades selon les villages. Un rejointoiement ou un enduit réussi commence par le choix d’un sable de teinte et de grain proches de l’ancien, après examen des mortiers d’origine conservés dans les parties abritées du bâtiment.
Chaux et ciment sur le bâti ancien
À partir du milieu du XXᵉ siècle, le ciment a remplacé la chaux sur presque tous les chantiers. Plus rapide, plus dur, il a servi à tout : rejointoyer, enduire, boucher. Sur les murs anciens, les conséquences apparaissent avec le recul.
Le ciment est peu perméable à la vapeur d’eau. Appliqué en enduit ou en joints, il ferme les issues par lesquelles l’humidité du mur s’évaporait. L’eau, qui continue de remonter du sol, reste prisonnière. Elle monte plus haut, cherche une sortie, et la trouve là où le matériau est le plus faible :
- dans la pierre, lorsque les joints en ciment sont plus durs qu’elle : la pierre tendre se creuse et s’effrite, tandis que les joints restent en relief ;
- à l’intérieur, où apparaissent taches, salpêtre, peintures cloquées et plâtres qui farinent ;
- derrière l’enduit, qui se décolle par panneaux entiers et sonne creux ;
- dans les bois encastrés, têtes de poutres et linteaux, qui pourrissent.
Le ciment est aussi rigide. Il ne suit pas les mouvements d’une maçonnerie souple : il fissure, et chaque fissure devient une entrée d’eau qui ne ressortira pas.
Le ciment reste un excellent matériau à sa place, dans le béton armé et la maçonnerie contemporaine. Il ne convient simplement pas aux murs de pierre montés à la chaux ou à la terre.
Quelle chaux pour quel usage
La chaux est obtenue par cuisson de calcaire. Selon la pureté de la roche, on obtient 2 familles de produits, définies par la norme NF EN 459-1.
| Chaux | Désignation | Prise | Caractère du mortier | Usages |
|---|---|---|---|---|
| Aérienne | CL | Lente, au contact de l’air | Le plus souple, le plus perméable à la vapeur d’eau, très fin | Couches de finition, badigeons, supports fragiles |
| Hydraulique naturelle | NHL 2 | À l’eau, puis à l’air | Souple | Pierres tendres, finitions |
| Hydraulique naturelle | NHL 3,5 | À l’eau, puis à l’air | Intermédiaire | Maçonner, rejointoyer, dresser les corps d’enduit |
| Hydraulique naturelle | NHL 5 | À l’eau, puis à l’air | Le plus résistant, le moins souple | Soubassements, scellements, dallages |
Il faut se méfier des appellations voisines. Les chaux dites formulées et certaines chaux hydrauliques peuvent contenir du ciment ou des adjuvants ; elles n’ont pas le même comportement. La désignation exacte des liants figure sur les sacs et doit figurer dans le devis.
La règle qui guide tous les dosages : le mortier doit être moins dur que le support qu’il lie ou qu’il recouvre, et chaque couche d’un enduit moins dure que la précédente.
Diagnostiquer un mur : fissures, ventres, humidité
Avant toute reprise, il faut comprendre ce que le mur raconte.
Les fissures
Toutes n’ont pas la même signification. Le faïençage d’un enduit, réseau de fines craquelures de surface, est sans gravité structurelle. Une fissure franche, traversante, en escalier le long des joints ou en diagonale depuis l’angle d’une ouverture, signale un mouvement : tassement d’un angle, poussée d’une charpente, linteau fléchi, retrait d’un sol argileux en période de sécheresse. On relève son tracé, son ouverture et son âge apparent. En cas de doute sur son évolution, la pose de témoins et un suivi sur plusieurs mois précèdent les travaux. Lorsque la stabilité est en jeu, l’avis d’un bureau d’études structure est nécessaire.
Les ventres
Un mur qui bombe indique que ses 2 parements se désolidarisent, souvent parce que l’eau a lessivé le mortier du cœur. C’est un désordre sérieux, qui appelle un étaiement et une reprise.
L’humidité
Son origine se recherche avant tout traitement : gouttière défaillante, sol extérieur rehaussé contre le mur, terrasse en béton plaquée contre la façade, enduit étanche, fuite de canalisation. Dans la grande majorité des cas, supprimer la cause et rendre au mur sa perméabilité suffit, sans recourir à des procédés d’injection. Le pied de façade se traite par un sol drainant : la bande drainante en pied de mur.
Le diagnostic hiérarchise les interventions : ce qui touche à la stabilité, ce qui touche à la protection contre l’eau, ce qui relève de l’aspect.
La reprise des maçonneries
Le remaillage de fissure. La fissure est ouverte, les pierres cassées ou descellées de part et d’autre sont retirées, puis remplacées par des pierres longues posées à cheval sur le tracé, de façon à recoudre la maçonnerie. Le simple rebouchage au mortier ne recoud rien.
La reprise par tronçons. Une partie de mur ruinée est démontée et remontée par passes successives, sous étaiement, avec les pierres d’origine triées et complétées par des pierres de même nature. L’appareillage, c’est-à-dire la manière dont les pierres sont disposées, reproduit celui du mur existant.
Le coulinage. Lorsque le cœur du mur présente des vides, un coulis de chaux très fluide est introduit par gravité à travers les joints, par petites hauteurs, pour regarnir le blocage et resolidariser les parements.
Le remplacement de pierres. Une pierre de taille trop altérée est refouillée et remplacée par un bouchon de pierre neuve, de même nature et de même grain, taillé aux dimensions et posé à joints fins. Les petites lacunes se traitent par un mortier de réparation à base de chaux et de poudre de pierre.
Le démontage des ajouts inadaptés : enduits en ciment, soubassements étanches, trottoirs en béton collés au pied des murs.
Ces reprises se maçonnent au mortier de chaux hydraulique naturelle, avec des pierres de récupération ou issues de carrières de la région.
Le rejointoiement à la chaux
Les joints sont la partie la plus exposée d’un mur en pierres apparentes. Les refaire, lorsqu’ils sont creusés ou qu’ils ont été repris au ciment, protège la maçonnerie.
- Le dégarnissage. Les anciens joints sont purgés sur 2 à 3 cm de profondeur, à l’outil à main ou avec un outillage mécanique léger, sans épaufrer les arêtes des pierres. Les joints en ciment demandent une attention particulière sur pierre tendre.
- Le nettoyage. Brossage et dépoussiérage, puis humidification du mur, la veille et avant application : un support sec boirait l’eau du mortier et l’empêcherait de prendre.
- Le garnissage. Le mortier de chaux et de sable est serré au fond du joint à la langue de chat, en 1 ou 2 passes selon la profondeur.
- La finition. Lorsque le mortier a commencé à tirer, le joint est brossé ou gratté pour faire apparaître le grain du sable et retirer la laitance. C’est ce geste, fait au bon moment, qui donne au joint son aspect ancien.
Quel type de joint
- Le joint à fleur ou beurré, garni au nu des pierres, voire légèrement débordant, est le plus courant sur les maçonneries de moellons irréguliers.
- L’enduit à pierres vues, où le mortier couvre largement et ne laisse affleurer que les têtes des pierres les plus saillantes.
- Le joint en creux, réservé à la pierre de taille et aux appareils réguliers. Sur un mur de moellons, il retient l’eau et donne un aspect artificiel.
Beaucoup de murs en moellons n’ont jamais été conçus pour rester apparents. Ils étaient enduits, et le décroûtage les expose : la question se discute avant de choisir entre rejointoiement et enduit.
L’enduit à la chaux en 3 couches
L’enduit est la peau du mur. Il le protège de la pluie et du vent tout en laissant passer la vapeur d’eau, et il donne à la façade sa lumière. L’enduit traditionnel s’applique en 3 couches, selon les principes repris par le NF DTU 26.1.
Le gobetis. Première couche, fine et rugueuse, projetée à la truelle sur le support humidifié. Assez fortement dosée en chaux hydraulique, elle assure l’accrochage.
Le corps d’enduit. Couche épaisse, de 1 à 2 cm, qui dresse la surface et rattrape les irrégularités. Sur un mur ancien, on suit les ondulations de la maçonnerie plutôt que de chercher la planéité d’un mur neuf : une façade ancienne redressée à la règle perd son caractère.
La couche de finition. Mince, moins dosée, souvent à base de chaux aérienne, elle donne la teinte et la texture.
Entre les couches, un temps de séchage est respecté, nettement plus long pour le corps d’enduit. C’est la contrainte principale de ce travail : le retrait doit se produire avant la couche suivante, faute de quoi l’enduit fissure.
Avant d’enduire, le support est préparé : ancien enduit purgé partout où il sonne creux, joints regarnis, mur dépoussiéré et humidifié. Les parties saines d’un enduit ancien à la chaux peuvent être conservées et raccordées.
L’enduit s’arrête au nu des pierres de taille des encadrements et des chaînes d’angle, sans surépaisseur, de manière que la pierre reste lisible et que l’eau ne s’arrête pas sur un ressaut.
Finitions, teintes et badigeons
La finition détermine l’allure de la façade :
- talochée, serrée à la taloche, d’aspect fin et légèrement ondulé, la plus répandue sur les façades de village ;
- lissée à la truelle, plus fermée, pour les façades soignées et les décors ;
- frotassée, d’un grain plus ouvert, courante sur les bâtiments ruraux ;
- jetée à la truelle, rustique, pour les dépendances et les pignons.
Les teintes proviennent d’abord du sable, puis éventuellement de terres naturelles et d’ocres ajoutées en faible proportion. Les échantillons se réalisent directement sur le mur et se jugent une fois secs, la chaux éclaircissant fortement en séchant. Les teintes de façade étant souvent encadrées par les règles locales, le choix se vérifie avant l’exécution.
Le badigeon est un lait de chaux aérienne, teinté ou non, appliqué à la brosse en 2 ou 3 passes sur un enduit ou sur la pierre. Il unifie, protège, et se patine en laissant transparaître le support. Il sert aussi à souligner les encadrements de baies, les bandeaux et les génoises.
La bonne saison pour travailler la chaux
La chaux craint le gel, la forte chaleur et le vent desséchant. Enduits et joints se programment de préférence au printemps et à l’automne. En été, les façades se travaillent à l’ombre, tôt le matin, et les ouvrages frais sont humidifiés pendant plusieurs jours ; des filets tendus sur l’échafaudage protègent du soleil et du mistral. Les jours de gel sont chômés.
Les premières questions
Questions fréquentes
Faut-il laisser les pierres apparentes ou enduire ?
Cela dépend de la maçonnerie. Une pierre de taille ou un appareil régulier se montre. Un mur de moellons tout-venant était conçu pour être enduit et se porte mieux protégé. L’enduit à pierres vues offre un intermédiaire.
Un enduit à la chaux se fissure-t-il ?
De fines craquelures peuvent apparaître si le séchage a été trop rapide ; les précautions de mise en œuvre visent à les éviter. Plus souple que le ciment, la chaux tolère mieux les petits mouvements du support.
Combien de temps dure un enduit à la chaux ?
Sa tenue dépend de l’exposition de la façade, de la préparation du support et de la protection contre le ruissellement : débord de toit, gouttières, appuis.
Peut-on appliquer la chaux sur un mur en parpaings ?
Oui, avec une préparation adaptée du support. L’intérêt est alors d’aspect : la matière et la lumière d’un enduit de chaux diffèrent de celles d’un enduit prêt à l’emploi.
Peut-on isoler un mur ancien ?
Oui, à condition d’employer des matériaux perméables à la vapeur d’eau : enduits isolants à base de chaux et de chanvre ou de liège, par exemple. Les doublages étanches sont à proscrire.
Comment traiter un mur humide en pied de façade ?
En cherchant d’abord la cause : eaux de toiture mal évacuées, sol extérieur trop haut ou étanche, enduit en ciment. Une fois la cause supprimée et un enduit perméable rétabli, le mur sèche de lui-même, lentement.
Bon à savoir
Avant les travaux
Assurance de l’entreprise
Nos ouvrages sont couverts par notre assurance de responsabilité décennale, dont l’attestation vous est remise avec le devis. Pendant 10 ans à compter de la réception des travaux, cette garantie légale couvre les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Elle s’applique aux ouvrages de construction ; les interventions d’entretien courant n’en relèvent pas.
Formalités et Bâtiments de France
Certains travaux modifient l’aspect extérieur d’une construction : changement de tuiles ou de teinte, ravalement, création d’une ouverture, mur, clôture, portail, terrasse. Selon le secteur et le plan local d’urbanisme, une déclaration préalable peut être nécessaire ; nous vérifions ce point avec vous avant les travaux.
Lorsque la maison se trouve dans les abords d’un monument historique ou dans un site patrimonial, les travaux visibles sont soumis à l’accord de l’architecte des Bâtiments de France, dont l’avis porte sur les matériaux, les teintes et les détails de mise en œuvre. L’instruction est alors plus longue : mieux vaut l’intégrer au calendrier dès le devis.
Un chantier soumis à autorisation ne démarre qu’une fois celle-ci obtenue.
Où intervenez-vous ?
Nous intervenons à Saint-Rémy-de-Provence et dans les Alpilles. Indiquez-nous votre commune : nous vous disons si nous pouvons nous déplacer.
Suivi du chantier
Le devis décrit les travaux prévus et les matériaux employés.
Prolonger votre projet
Des métiers qui se répondent.
Restauration du patrimoine
Restaurer n’est pas rénover. Rénover, c’est remettre à neuf ; restaurer, c’est prolonger la vie d’un ouvrage en conservant ce qui fait sa…
DécouvrirEntretien et nettoyage
Un bâtiment ancien ne meurt presque jamais de vieillesse. Il meurt d’une gouttière bouchée, d’un figuier installé dans un mur, d’une tuile…
DécouvrirTerrasses, allées, murets
En Provence, on vit dehors une grande partie de l’année. La terrasse est une pièce à part entière, l’allée relie la maison…
Découvrir