07 / Pierre & patrimoine

Restauration du patrimoine provençal à Saint-Rémy-de-Provence

Prolonger sans effacer.

Restaurer n’est pas rénover. Rénover, c’est remettre à neuf ; restaurer, c’est prolonger la vie d’un ouvrage en conservant ce qui fait sa valeur : ses matériaux, ses traces d’outils, ses irrégularités, les marques du temps. Chapelle rurale, pigeonnier, mas du XVIIIᵉ siècle, lavoir, oratoire au bord d’un chemin : le pays des Alpilles compte de nombreux édifices, protégés ou non, dont la conservation demande des gestes anciens et de la retenue. Cette page présente la démarche que nous suivons sur le bâti ancien de Saint-Rémy-de-Provence et des Alpilles.

Illustration à l’aquarelle : façade de mas ancien en pierre, porte en bois sous un arc en plein cintre, volets et muret.
Illustration d’ambiance.
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Un territoire de patrimoine bâti

Au sud de Saint-Rémy-de-Provence, la cité antique de Glanum et les 2 monuments que l’on appelle les Antiques, le mausolée et l’arc, témoignent de 2 000 ans de construction en pierre des Alpilles. Tout près, le monastère Saint-Paul-de-Mausole conserve son cloître roman. Dans le centre ancien, inscrit dans le tracé circulaire des anciens remparts, la collégiale Saint-Martin, les hôtels particuliers, les fontaines et les portes de ville composent un ensemble cohérent.

Autour, la campagne est semée de mas, de bastides, de chapelles, de moulins, de pigeonniers, de puits et de norias. Le canal des Alpines et ses ouvrages, les murs de pierre sèche des versants, les croix de chemin et les oratoires forment un patrimoine plus discret.

Ce paysage bâti est protégé à plusieurs titres. Des édifices sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques. Le massif fait l’objet depuis 2007 d’une directive de protection et de mise en valeur des paysages, dont le cahier de recommandations invite à employer les matériaux locaux et à maintenir les chemins d’eau, les haies et les alignements d’arbres. Le Parc naturel régional des Alpilles porte dans sa charte la préservation de l’architecture traditionnelle.

Mais la protection réglementaire ne suffit pas. Un édifice se conserve parce que quelqu’un l’entretient, avec les bons matériaux et les bons gestes.

Restaurer, rénover, réhabiliter : des mots qui engagent

Ces termes s’emploient l’un pour l’autre dans le langage courant. Ils recouvrent des démarches différentes.

TermeCe qu’il désigne
EntretienLes soins réguliers qui évitent les dégradations : remplacer une tuile, regarnir un joint, nettoyer une gouttière
RestaurationConserver un ouvrage ancien en respectant sa substance : on répare ce qui peut l’être, on remplace à l’identique ce qui ne peut plus être sauvé
RestitutionReconstruire un élément disparu, à partir de traces matérielles ou de documents, lorsqu’on sait avec certitude ce qui existait
RéhabilitationAdapter un bâtiment ancien à un usage actuel : confort, réseaux, isolation, distribution
RénovationRemettre à neuf, sans égard particulier pour l’authenticité des matériaux

Sur un mas habité, le projet combine presque toujours plusieurs de ces approches : restauration des façades et de la toiture, réhabilitation de l’intérieur. L’enjeu est de tracer la ligne : ce que l’on garde absolument, ce que l’on répare, ce que l’on peut transformer. Un linteau en bois vieux de 3 siècles, un enduit ancien conservant des traces de décor, un sol en terre cuite usé par les pas ne se remplacent pas.

Les principes d’une intervention respectueuse

La restauration repose sur des principes partagés par la profession, formulés notamment dans la charte de Venise de 1964. Ils se traduisent très concrètement sur le chantier.

Intervenir le moins possible. Chaque élément d’origine a une valeur de témoignage. Tout ce qui peut continuer à remplir sa fonction, même imparfaitement, est conservé. Une pierre érodée mais stable reste en place ; on ne la remplace pas pour le seul plaisir d’une arête vive.

Employer des matériaux compatibles. Chaux naturelle, pierre de même nature que l’existante, terre cuite, bois : les matériaux de réparation doivent avoir un comportement proche de celui des matériaux anciens, face à l’eau comme face aux mouvements.

Préférer les interventions réversibles. Ce que l’on ajoute doit, autant que possible, pouvoir être retiré un jour sans dommage pour l’ouvrage. C’est l’une des raisons du recours à la chaux, qui se purge sans arracher la pierre.

Rester lisible sans être voyant. Une réparation ne cherche pas à tromper : un œil averti doit pouvoir la distinguer de près. Mais elle s’intègre à l’ensemble et ne détourne pas le regard.

Documenter. Avant, pendant, après : photographies, relevés, notes sur les matériaux rencontrés et employés. Cette mémoire servira à ceux qui interviendront ensuite.

Monument protégé ou non : le cadre des travaux

Le régime applicable dépend du statut de l’édifice. En voici les grandes lignes, à vérifier au cas par cas auprès des services compétents.

L’immeuble classé au titre des monuments historiques. Les travaux sont soumis à une autorisation de l’État, instruite par les services régionaux chargés des monuments historiques. La maîtrise d’œuvre des travaux de restauration est confiée à un architecte disposant des qualifications requises, et le chantier se déroule sous le contrôle scientifique et technique de l’État.

L’immeuble inscrit. Les travaux relèvent des autorisations d’urbanisme, délivrées avec l’accord de l’autorité chargée des monuments historiques.

Les abords d’un monument historique. Les travaux qui modifient l’aspect extérieur d’un immeuble situé dans ces abords sont soumis à l’accord de l’architecte des Bâtiments de France.

Le patrimoine repéré par le plan local d’urbanisme. Les communes peuvent identifier des bâtiments et des éléments de paysage à préserver, assortis de prescriptions.

Le patrimoine non protégé. C’est le plus vaste : la majorité des mas, des cabanons et du petit patrimoine rural. Sa conservation dépend entièrement de la volonté de ses propriétaires.

Sur un édifice classé ou inscrit, le choix des entreprises et des techniques relève de la maîtrise d’œuvre et des services du patrimoine.

L’étude préalable : comprendre avant d’agir

Sur un édifice ancien, l’erreur vient presque toujours d’une intervention précipitée. Avant de toucher à quoi que ce soit, il faut lire le bâtiment.

Son histoire. Un mas n’a jamais été construit d’un seul jet. Il s’est agrandi par travées successives, on a surélevé un étage, percé ou bouché des baies, ajouté une bergerie. Ces campagnes se lisent dans les maçonneries : reprises verticales entre 2 phases, changements d’appareil, anciens encadrements noyés dans le mur. Les repérer évite de prendre pour un désordre ce qui n’est qu’une couture ancienne, et inversement.

Ses matériaux. Nature des pierres, composition des mortiers, type de tuiles, essences de bois. Un prélèvement de mortier ancien renseigne sur la nature du liant et sur le sable employé.

Ses désordres et leurs causes. On distingue les pathologies actives de celles qui sont stabilisées de longue date, et l’on remonte à l’origine : eau, mouvements de sol, interventions inadaptées, défaut d’entretien.

Les interventions passées. Enduits en ciment, joints refaits, pierres remplacées, charpente modifiée. Certaines sont à corriger ; d’autres font désormais partie de l’histoire du bâtiment.

Cette étude débouche sur un parti d’intervention, discuté avec le propriétaire et, le cas échéant, avec l’architecte et les services du patrimoine. Elle fixe l’ordre des priorités : d’abord mettre l’édifice hors d’eau et assurer sa stabilité, ensuite seulement traiter les parements et les décors.

Maçonneries et pierre de taille

Les murs de moellons se consolident selon les techniques traditionnelles, rejointoiement à la chaux, remaillage des fissures, coulinage, reprise par tronçons : la reprise des murs anciens. Sur un édifice patrimonial, 2 exigences s’y ajoutent : réemployer les pierres d’origine, et reproduire l’appareillage existant jusque dans ses irrégularités. Les arases, sommets de murs exposés à la pluie, sont reconstituées et protégées.

La pierre de taille tendre des Alpilles se sculpte aisément, mais s’altère sous l’effet de l’eau et des sels. Les interventions sont graduées :

  • la consolidation des zones pulvérulentes ;
  • le ragréage des petites lacunes au mortier de chaux et de poudre de pierre, teinté dans la masse ;
  • le bouchon : la partie altérée est refouillée et remplacée par une pièce de pierre neuve ajustée ;
  • le remplacement complet d’un bloc lorsque sa fonction porteuse est compromise.

La pierre de remplacement est choisie pour sa parenté avec l’ancienne : même nature, grain et teinte proches, dureté comparable. Elle est taillée et posée à joints fins, puis finie à l’outil, avec la taille que portent les pierres voisines. Les travaux de taille les plus délicats, moulures et sculptures, relèvent de tailleurs de pierre spécialisés.

Arcs, voûtes et encadrements demandent un étaiement soigné, la dépose numérotée des claveaux si nécessaire, et un remontage à l’identique sur cintre. Quant au nettoyage des parements, il se fait par les méthodes les plus douces : nettoyer la pierre sans l’abîmer.

Les couvertures anciennes

Le toit est la première protection de l’édifice. C’est par lui que commence tout programme de sauvegarde. Les techniques sont celles de la couverture traditionnelle : la rénovation de toiture. Ce qui change sur un édifice patrimonial, c’est le degré de conservation recherché.

Restaurer la charpente plutôt que la remplacer. Une panne dont l’about est pourri se répare par greffe d’une pièce neuve assemblée, sans sacrifier le reste du bois. Les charpentes anciennes, avec leurs bois équarris et leurs assemblages chevillés, font partie de l’édifice au même titre que ses murs.

Respecter les supports traditionnels. Voliges, quartons et, dans certains bâtiments, carreaux de terre cuite posés sur chevrons, visibles depuis l’intérieur, que l’on conserve et complète.

Reconstituer les génoises à l’identique, tuile par tuile, avec le même nombre de rangs et le même profil. Une génoise à 3 rangs ne se remplace pas par un élément préfabriqué.

Soigner les ouvrages annexes : souches de cheminée anciennes, épis de faîtage, girouettes, clochetons, qui sont déposés, restaurés et reposés.

Enduits et décors anciens

Les façades anciennes de Provence étaient rarement nues. Elles portaient des enduits de chaux, souvent ornés : chaînes d’angle et encadrements feints, bandeaux, faux appareils de pierre tracés au fer, cadrans solaires, frises peintes sous les génoises. Une grande partie de ces décors a disparu sous les enduits modernes ou lors des décroûtages.

Lorsqu’un enduit ancien subsiste, la première démarche est de l’examiner avant de le purger. Sous une couche récente, il n’est pas rare de retrouver les traces d’une teinte d’origine, d’un tracé, d’un badigeon coloré. Ces vestiges guident la restauration.

  • Conserver ce qui tient. Un enduit ancien adhérent est gardé ; les lacunes sont complétées par un mortier de même composition, dans la même épaisseur et la même finition.
  • Refaire dans les règles lorsque l’enduit est perdu : les enduits à la chaux.
  • Restituer les décors quand les traces le permettent : bandeaux et encadrements en léger relief ou badigeonnés dans un ton plus clair, faux joints tirés au fer, soubassements teintés.

Les décors peints figuratifs et les enduits d’intérêt exceptionnel relèvent de restaurateurs spécialisés.

Le petit patrimoine rural des Alpilles

On appelle petit patrimoine ces constructions modestes, utilitaires ou votives, qui jalonnent la campagne. Elles ne figurent sur aucune liste, mais le paysage perdrait beaucoup à leur disparition.

  • Les pigeonniers, tours isolées ou intégrées au mas, avec leur larmier et leurs carreaux vernissés destinés à arrêter les rongeurs.
  • Les puits, norias et bassins, témoins de la maîtrise de l’eau dans un pays sec.
  • Les lavoirs et fontaines de village.
  • Les oratoires et croix de chemin, petits édifices de pierre de taille élevés aux carrefours.
  • Les moulins, à vent sur les hauteurs, à huile ou à farine le long des canaux.
  • Les cabanons, bergeries et jas, liés à la vie agricole et à la transhumance.
  • Les murs de pierre sèche des anciennes terrasses de culture : les murs en pierre sèche.

Ces ouvrages souffrent surtout de l’abandon : une toiture percée, un arbre qui pousse dans un mur, et la ruine s’installe en quelques années. Leur restauration est souvent un chantier de petite taille, qui demande peu de matériaux mais beaucoup de soin, depuis la simple mise hors d’eau jusqu’à la restauration complète.

Préparer son projet

Commencer par l’urgence. Lorsque le budget impose un programme par tranches, l’ordre est toujours le même : d’abord la toiture et la stabilité, ensuite les façades, enfin les abords.

Prendre conseil tôt. Le service urbanisme de la commune, l’architecte des Bâtiments de France lorsque l’édifice est en secteur protégé, et les organismes publics de conseil en architecture orientent utilement un projet avant qu’il ne soit figé.

Prévoir l’imprévu. Sur un édifice ancien, la dépose révèle souvent une situation que rien n’annonçait. La bonne pratique consiste alors à arrêter, documenter et proposer une solution avant de poursuivre.

Les premières questions

Questions fréquentes

Mon mas n’est pas classé : suis-je libre de mes travaux ?

Vous restez soumis aux règles d’urbanisme de la commune et, selon la situation de la maison, à des prescriptions particulières. Au-delà de la règle, les techniques traditionnelles restent celles qui conviennent le mieux à un bâtiment ancien.

La restauration coûte-t-elle plus cher qu’une rénovation classique ?

Les techniques traditionnelles demandent davantage de main-d’œuvre. En contrepartie, elles conservent une grande part des matériaux existants, ce qui réduit les fournitures et les évacuations.

Faut-il un architecte pour restaurer un bâtiment ancien ?

Sur un édifice classé, la maîtrise d’œuvre des travaux de restauration revient à un architecte qualifié. Ailleurs, tout dépend de la nature et de l’ampleur du projet : son intervention est utile dès que les travaux touchent à la structure, aux ouvertures ou à l’usage du bâtiment.

Peut-on rendre confortable un bâtiment ancien sans le dénaturer ?

Oui. Isolation des toitures, correction thermique des murs par des enduits adaptés, traitement de l’humidité à la source : ces améliorations sont compatibles avec le respect du bâti si elles emploient des matériaux perméables à la vapeur d’eau.

Par où commencer la restauration d’un bâtiment ancien ?

Par une visite et un état des lieux, qui débouchent sur un ordre de priorités. Celui-ci peut ensuite se traduire en programme étalé sur plusieurs années.

Que faire d’un cabanon ou d’un pigeonnier en ruine ?

Le mettre hors d’eau en premier lieu : une couverture, même provisoire, et la suppression de la végétation enracinée arrêtent la dégradation. La restauration peut ensuite attendre le bon moment.

Bon à savoir

Avant les travaux

Assurance de l’entreprise

Nos ouvrages sont couverts par notre assurance de responsabilité décennale, dont l’attestation vous est remise avec le devis. Pendant 10 ans à compter de la réception des travaux, cette garantie légale couvre les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Elle s’applique aux ouvrages de construction ; les interventions d’entretien courant n’en relèvent pas.

Formalités et Bâtiments de France

Certains travaux modifient l’aspect extérieur d’une construction : changement de tuiles ou de teinte, ravalement, création d’une ouverture, mur, clôture, portail, terrasse. Selon le secteur et le plan local d’urbanisme, une déclaration préalable peut être nécessaire ; nous vérifions ce point avec vous avant les travaux.

Lorsque la maison se trouve dans les abords d’un monument historique ou dans un site patrimonial, les travaux visibles sont soumis à l’accord de l’architecte des Bâtiments de France, dont l’avis porte sur les matériaux, les teintes et les détails de mise en œuvre. L’instruction est alors plus longue : mieux vaut l’intégrer au calendrier dès le devis.

Un chantier soumis à autorisation ne démarre qu’une fois celle-ci obtenue.

Où intervenez-vous ?

Nous intervenons à Saint-Rémy-de-Provence et dans les Alpilles. Indiquez-nous votre commune : nous vous disons si nous pouvons nous déplacer.

Suivi du chantier

Le devis décrit les travaux prévus et les matériaux employés.

Commençons par votre lieu

Une toiture à reprendre.
Un lieu à faire évoluer.

Décrivez les ouvrages concernés, vos attentes et les éléments que vous souhaitez conserver.